Usti, Duchcov, Praha, 31 octobre

Quand nous eûmes fini d’aider Rémi à remuer quelques meubles, nous quittâmes notre aimable hôte en lui promettant des retrouvailles prochaines. Dans le train, nous fîmes la connaissance d’une jeune personne qui se trouvait enchantée de parler avec nous. Cette précieuse extravagante ne nous laissa pas le temps de la connaître, car elle descendit à Pardubice. Nous avons le temps de passer rapidement par un point fort de notre pèlerinage avant de nous établir à Prague : Duchcov, prononcé Dux en allemand. C’est dans cette petite cité située dans une région de villégiature nobiliaire que notre maître, Jacques Casanova finit son voyage. « J’ai alors pris le parti d’aller à Berlin espérant une place à l’académie ; mais à moitié chemin le comte de Waldstein m’arrêta à Toeplitz, et me conduisit à Dux, où je suis encore et où selon l’apparence je mourrai. » Nous découvrons le château dans lequel il vivait, nous approfondissons quelques dernières recherches scientifiques, puis repartons avant la nuit.

« Nous fîmes à Prague un court séjour. » Arrivés un vendredi soir, nous nous trouvons en difficulté pour loger. Les personnes auprès desquelles nous nous étions recommandés n’étaient pas disponibles & nos bourses finissaient par s’épuiser. Les températures d’automne à Prague ne sont pas les mêmes que sur la Riviera italienne. Nous finîmes par trouver un jeune homme qui nous indiqua la route jusqu’à l'immeuble d'une amie monégasque. Elle nous invita à prendre un café chez elle, mais elle pensait ne pas pouvoir nous accueillir en bonne et due forme. Surpris par la beauté de son appartement, nous lui demandons l’hospitalité qu’elle nous accorda volontiers. Elle fut très aimable avec nous et nous ronflâmes au chaud.


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Praha, premier 9bre

Le lendemain, nous partîmes découvrir la ville et préparer sous nos capuchons une nouvelle comédie, notamment dans le quartier Zizkov où nous déjeunâmes auprès d’une tour immense, au milieu d’un cimetière juif. Nous ne voulions pas abuser de l’hospitalité de notre logeuse, et avions décidé de passer la nuit à découvrir Prague. Nous fîmes de nombreuses rencontres au Kubelikova, au Krasova, au Vikova, et à Vinohradska, tavernes et lieux-dits obscurs des collines praguoises. Au début du jour, le brouillard tombait. Nous nous réfugiions alors dans un restaurant pour finir nos discussions avant l’arrivée de Rémi. Je remercie Dieu de nous avoir permis de découvrir cette ville grandiose, car il en est peu de si belles. Je ris car « les esprits forts, les mystiques peut-être me taxeront de folie ; mais qu’importe ? J’ai toujours trouvé un singulier plaisir à rapporter à Dieu les événements de ma vie, et pourtant que de vulgaires penseurs m’ont accusé d’athéisme ! »


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Praha, Paris Dimanche 2 novembre

Le matin, nous avions encore un coup à monter, proche de la place de l’horloge, derrière le théâtre. Nous sentions que notre scène allait se mettre en place. Nous arrivons sur une sorte de place du vieux Prague. Une équipe de tournage était là. Nous leur inventons une histoire saugrenue, et commençons à ameuter les badauds pour une petite représentation de scène de cape et de fouet, face aux grues et aux perches. Rémi nous rejoint. Il tenait à nous faire une visite du palais royal, à manger un dernier goulasch avec nous sur la place Skroupovo nam. Après lui avoir dit au revoir à la gare hlavni nabrasi où nous attendions aussi Petra qui rentrait d’un séminaire spirituel, nous nous quittons dans de grands déchirements. Nous montâmes une dernière fois sur les pentes pour manger et prendre un dernier Becherovka avant de partir à minuit pour Paris. « Nous partîmes pour la ville unique, pour l’universel Paris, dans une excellente berline, où je m’imposai le devoir de faire les frais de la gaîté du voyage, puisque je n’avais point de frais de bourse à faire. »

Ainsi se termine ce beau voyage. J’espère que le lecteur ne s’y est pas trop ennuyé, et qu’il aura digéré la décadence de ce style baroque. Est-ce qu’il nous suivra quand nous repartirons, avec d’autres costumes, poursuivre d’autres fous ? « C’est le seul précis que j’ai écrit, et je permets qu’on en fasse tel usage qu’on voudra. Non erubesco evangelium »

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